Tran To Nga et son combat contre l’agent orange

« Je suis la fille du Mékong, du colonialisme et de la guerre, l’enfant d’une terre magique et empoisonnée »

Ma Terre empoisonnée, Tran To Nga

Tran To Nga, une lutte perpétuelle

Tran To Nga, née au Vietnam en 1942 quand le pays était encore considéré comme une colonie française, s’est battue pour l’indépendance de son pays en tant que résistante communiste. Emprisonnée et torturée durant des mois, elle sera contrainte d’accouchée durant cette période de sa deuxième fille.

Après la prison et la guerre, elle devient directrice d’école à Hô-Chi-Minh-Ville. Puis elle obtient la légion d’honneur française grâce à son travail pour l’association Le Village de l’amitié au Vietnam et l’association d’Amitié Franco-Vietnamienne.

Cependant, sa vie ne s’arrête pas là. Aujourd’hui encore, elle continue de se battre pour la justice. En effet, lundi 25 janvier 2021 signe le premier jour d’un procès historique qu’elle mène contre les firmes de l’agrochimie qui ont participé à la production de l’Agent Orange.

Mais l’agent orange, c’est quoi ?

Classé comme substance cancérigène par l’OMS, ce défoliant a été déversé sur les forêts vietnamiennes par les armées des États-Unis à partir de 1961. On estime aujourd’hui que 20 % des forêts du Vietnam du Sud on été détruites par ces épandages. De plus, 400 000 hectares de terres agricoles sont aujourd’hui empoisonnées. Mais les conséquences ne se mesurent pas qu’à échelle environnementale, c’est la définition même de l’écocide qui est à retenir.

J’ai des problèmes cardiaques, j’ai eu deux fois la tuberculose. Les maladies des poumons sont des maladies typiques pour les victimes de la dioxine. »

Tran To Nga sur France Info

Lorsque l’on vit sur ces terres, on est aussi victime des épandages et la toxicité de cet herbicide est à redouter sur plusieurs générations. Tran To Nga le sait très bien et l’explique dans son autobiographie « Ma Terre empoisonnée » : elle souffre d’un cancer du sein, de tuberculoses à répétition. Sa première fille est née avec des malformations cardiaques avant de mourir. Sa deuxième fille, quant à elle, en est aussi atteinte. Avant de comprendre le drame de l’agent orange, elle s’était longtemps sentie coupable, croyant être responsable des problèmes de santé de ses enfants.

Une femme qui se bat en France et qui trouve écho jusqu’au Vietnam

Si le Vietnam ne peut se permettre de lancer un procès contre ces firmes pour des raisons politique, Tran To Nga le peut. Une loi en France autorise les personnes ressortissantes françaises d’attaquer en justice une personne physique ou morale étrangère pour des faits commis à l’international.

Alors que le procès prend place au Tribunal de justice d’Evry, le lundi 30 janvier 2021, l’histoire retentit jusqu’au Vietnam et touche la jeunesse vietnamienne. Ce jour-là, les hashtags #JusticePourTranToNga #ForAOvictims et #AgentOrange atteignent le top 3 des tendances twitter du pays et de nombreux internautes traduisaient le combat qui avait lieu en France directement pour la population vietnamienne.